Dans un tout autre type de guerre bactériologique, des chercheurs ont testé une méthode permettant de libérer des moustiques infectés par des bactéries résistantes à la maladie sur des personnes sujettes aux épidémies de dengue. C’est une manière intelligente de faire évoluer une solution éprouvée.
La distribution de moustiques infectés via des drones peut sembler une manière sinistre de propager des maladies, mais une étude récente a révélé que cette méthode peut avoir exactement l'effet inverse. En effet, les moustiques utilisés sont infectés par Wolbachia, une bactérie qui bloque le virus responsable de la dengue, une infection douloureuse qui touche 390 millions de personnes chaque année, selon l'Organisation mondiale de la santé.
La stratégie consistant à introduire des moustiques modifiés s’est avérée être un moyen efficace de lutter contre les maladies transmises par les moustiques. Par exemple, nous avons vu des moustiques génétiquement modifiés qui empêchent les parasites du paludisme de se développer dans leurs intestins, résistent aux quatre virus de la dengue et perdent la capacité de détecter les humains comme source de nourriture sanguine.
Mais introduire des moustiques modifiés dans la nature est un défi, et la plupart des méthodes utilisées jusqu'à présent reposaient sur le lâcher de moustiques au sol, ce qui peut nécessiter de traverser un terrain difficile et potentiellement dangereux. Nous avons vu l'utilisation de drones pour propager des moustiques stérilisés au Brésil plus tôt cette année, et maintenant une étude dirigée par Yaxun Lin du Programme mondial contre les moustiques (WMP), basé à Melbourne, en Australie, a utilisé une approche similaire. Le Programme mondial contre les moustiques est la première organisation à utiliser une approche basée sur Wolbachia pour lutter contre la propagation de la dengue.
Le système de distribution de moustiques par drone conçu par Lin et ses collègues est capable de libérer 160 000 moustiques adultes. Les insectes sont sécurisés dans un compartiment à température et humidité contrôlées sur le drone pour les maintenir en bonne santé et calmes jusqu'à ce que le drone atteigne la zone de distribution. Pendant le vol du drone, les moustiques sont relâchés par groupes de 150 pour propager des bactéries bloquant l’infection aux moustiques sur une vaste zone.
Lors de deux tests sur le terrain aux Fidji, Lin et ses collègues ont rapporté que cette méthode de lâcher était aussi efficace que les lâchers au sol, mais dans ce cas, les répartiteurs de moustiques ont pu faire fonctionner les drones depuis un endroit sûr et éloigné sans avoir à se rendre dans une jungle dense. Le deuxième des deux tests a confirmé que les moustiques libérés étaient capables de propager la bactérie bloquant Wolbachia aux populations sauvages sur une superficie de deux kilomètres carrés (environ 0,8 mille carré).
WMP a démontré que le déploiement de moustiques infectés par Wolbachia dans la nature en Indonésie réduit la propagation de la dengue de 77 %. Les cas de dengue ont été multipliés par 30 au cours des 50 dernières années. Chaque année apporte donc un réel espoir aux personnes atteintes de dengue alors que de nouvelles méthodes combinées drones/moustiques sont déployées dans de nouvelles régions.
Un rapport de recherche détaillant cette approche a été publié dans la revue Science Robotics.