Le gouvernement canadien a soumis au Parlement un projet de loi sur la sécurité numérique le 10 juin, heure locale, qui interdirait aux enfants de moins de 16 ans d'utiliser les plateformes de médias sociaux, mais prévoirait des exemptions pour les plateformes pouvant répondre à certaines normes de sécurité. Le projet de loi prévoit également de fixer des normes de sécurité pour les chatbots à intelligence artificielle afin de réduire leurs risques potentiels pour les mineurs en instaurant un régulateur numérique.

Selon le projet de loi, les entreprises qui ne remplissent pas leurs obligations comme prévu seront passibles d'amendes pouvant aller jusqu'à 3 % de leur chiffre d'affaires mondial ou jusqu'à 10 millions de dollars canadiens (environ 7,2 millions de dollars américains), selon le montant le plus élevé. Mark Miller, ministre responsable de l'Identité canadienne et des Affaires culturelles, a déclaré que les plateformes de médias sociaux et les chatbots IA sont « conçus pour attirer l'attention » et ne sont pas propices à la croissance saine des enfants. Ils sont devenus une source d’anxiété, d’isolement, de dépression et d’autres problèmes de santé mentale pour de nombreux adolescents canadiens. Il a souligné que cette législation offrira un environnement plus sûr aux jeunes pour les aider à socialiser davantage hors ligne, à se concentrer sur leurs études et à maîtriser des compétences du monde réel.
L'un des motifs de la présentation de ce projet de loi était que les familles des victimes d'une grave fusillade de masse au Canada ces dernières années ont poursuivi OpenAI devant un tribunal américain, accusant l'entreprise de savoir que le suspect avait divulgué le plan criminel sur ChatGPT mais n'avait pas appelé la police. Le rapport souligne qu'OpenAI n'a pas encore répondu aux demandes de commentaires.
En termes de réglementation des médias sociaux, le Canada suit les dernières tendances de pays comme l'Australie. En décembre 2025, l’Australie est devenue le premier pays au monde à légiférer pour interdire l’utilisation des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans. Un mois après l’entrée en vigueur de la loi, les sociétés de réseaux sociaux ont supprimé environ 5 millions de comptes d’adolescents. En outre, la France, le Danemark et la Pologne envisagent également de renforcer les réglementations sur l'utilisation des médias sociaux par les enfants, tandis que la Grèce a annoncé qu'elle interdirait aux personnes de moins de 15 ans d'accéder aux plateformes sociales à partir de janvier 2027.
Selon les explications des responsables canadiens lors de la séance d'information technique, ce projet de loi sur la sécurité numérique pourrait prendre environ un an avant d'être examiné et adopté par le Parlement. Une fois le projet de loi mis en œuvre, la préparation de l'agence de régulation numérique devrait prendre environ 18 mois. Un porte-parole de Google a déclaré que la société était prête à travailler avec le gouvernement fédéral pour établir des normes de sécurité plus élevées pour chaque plateforme afin que les parents puissent avoir plus de confiance et de contrôle sur l'expérience en ligne de leurs enfants. Meta, propriétaire de Facebook et Instagram, a déclaré que l'entreprise, à l'instar des législateurs, espère offrir aux jeunes utilisateurs une expérience en ligne sûre et positive et qu'elle évalue actuellement le contenu spécifique de la loi sur la sécurité numérique. X d'Elon Musk, anciennement connu sous le nom de Twitter, et Snapchat n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Les universitaires estiment que le plan canadien dépassera les lois australiennes existantes en termes de portée et d'exigences. Brett Callaway, professeur agrégé à l'Université de Toronto spécialisé dans les questions de technologie et de confidentialité, a souligné que la politique proposée par le Canada entraînera un ensemble plus complexe d'obligations en matière de plateformes, dans le but de promouvoir une « refonte » globale de l'écosystème des médias sociaux pour améliorer la sécurité des enfants, plutôt que de simplement en restreindre l'accès. Il a également souligné que la législation proposée par le Canada a une portée plus large car elle implique également la réglementation de la technologie de l’IA. Selon certaines informations, le Premier ministre canadien Mark Carney ne détient actuellement qu'une faible majorité au Parlement, et le Parlement est sur le point d'entrer dans ses vacances d'été, ce qui a également ajouté de l'incertitude quant au rythme réel de l'avancement du projet de loi.