L’Inde tente d’accomplir une transformation importante de son rôle dans l’économie numérique mondiale. Récemment, le gouvernement indien a annoncé dans le budget fédéral de cette année qu'il mettrait en œuvre une politique de réduction d'impôts à grande échelle pour les opérateurs étrangers de centres de données qui fournissent des services à des clients étrangers, dans le but d'inciter les géants mondiaux de la technologie à déployer la nouvelle génération d'infrastructures d'intelligence artificielle en Inde.

Selon les nouvelles dispositions politiques, les fournisseurs de services de cloud computing tels qu'Amazon AWS, Microsoft Azure et Google Cloud, s'ils construisent et exploitent des centres de données en Inde pour fournir des services à des clients étrangers et obtenir des revenus, bénéficieront d'un traitement « zéro impôt » en Inde et n'auront pas à payer d'impôt sur le revenu des sociétés ni d'autres taxes connexes aux autorités fiscales indiennes. Toutefois, cette incitation crée également des « garde-fous » évidents : tous les services destinés aux clients locaux en Inde doivent toujours être réglés par l'intermédiaire d'une entité de distribution locale enregistrée en Inde. Cette entité paiera des impôts en Inde selon les règles habituelles afin de maintenir l'assiette fiscale nationale.
En termes de structure d’entreprise, la conception politique place clairement les liens les plus énergivores et les plus exigeants en investissements dans le champ préférentiel. Les « tâches informatiques lourdes » telles que la formation de grands modèles, les calculs d'inférence et la fourniture de diverses puissances de calcul et services cloud à des clients étrangers peuvent fondamentalement être considérées comme bénéficiant d'une exonération fiscale si elles sont effectuées par des centres de données en Inde et que les bénéficiaires du service sont à l'étranger. Cela signifie que la nouvelle politique cible directement la construction d’infrastructures d’IA dans le contexte de la pénurie mondiale actuelle de puissance de calcul, en verrouillant les incitations fiscales dans les maillons de la chaîne de valeur avec une consommation d’énergie élevée et des investissements en capital élevés, mais une contribution limitée aux recettes fiscales traditionnelles locales.
Au cours des dernières années, les sociétés multinationales se sont montrées prudentes quant à l’allocation d’importants actifs en Inde. L’une des raisons importantes réside dans les fréquents litiges fiscaux. Le gouvernement indien et les entreprises ont de grandes divergences sur le montant de l'impôt à payer, et de nombreuses affaires sont portées devant les tribunaux depuis longtemps, ce qui amène les investisseurs étrangers à s'inquiéter quant à la stabilité de la politique. Les nouvelles réglementations introduites cette fois tentent de répondre de front à ce problème à travers le mécanisme « Safe Harbor » : le gouvernement a prédéfini un taux de bénéfice d'exploitation fixe de 15 % pour les prix de transfert entre les entités indiennes et les entités liées à l'étranger. Tant que l'entreprise déclare et respecte ce niveau de bénéfice, les autorités fiscales s'engagent à ne pas engager de contrôles ni de litiges supplémentaires. Cet arrangement est considéré comme un « accord de paix » pré-signé destiné à renforcer la certitude politique et la contrôlabilité attendue.
À l’échelle mondiale, avec la popularisation rapide des modèles d’intelligence artificielle et l’accélération de la numérisation des entreprises, les ressources informatiques des centres de données sont de plus en plus limitées. Les hubs de centres de données traditionnels tels que la Virginie, Singapour et l'Irlande aux États-Unis sont confrontés à de graves contraintes sur des éléments clés tels que le foncier et l'électricité, ce qui rend toute expansion plus difficile. Dans ce contexte, l'Inde, qui dispose d'une énorme demande d'énergie, de ressources spatiales et foncières, espère profiter des incitations fiscales et de la stabilité réglementaire pour répondre à la nouvelle demande mondiale de puissance de calcul de l'IA et créer un nouveau plateau régional, voire mondial, de puissance de calcul.
Cependant, du point de vue de la promotion de l’emploi, il est difficile pour cette vague d’investissement dans les centres de données de reproduire les effets à grande échelle sur l’emploi apportés par les industries manufacturières telles que les constructeurs OEM de smartphones. Contrairement aux grandes usines d’assemblage de smartphones mises en place par Apple et Foxconn en Inde, qui peuvent absorber des dizaines de milliers de travailleurs, les projets de centres de données sont à forte intensité de capital et hautement automatisés, avec une demande directe de main-d’œuvre relativement limitée. Par conséquent, les décideurs politiques accordent davantage d’attention à son importance stratégique à moyen et long terme pour stimuler les investissements dans les infrastructures, renforcer les capacités de souveraineté numérique et s’intégrer dans la chaîne de valeur mondiale de l’IA, plutôt qu’aux chiffres de l’emploi à court terme.
En fait, ce n’est pas la première tentative de l’Inde pour inciter les grandes entreprises technologiques à investir dans les centres de données locaux. Microsoft et Amazon ont déjà investi des milliards de dollars dans la construction d'une infrastructure de cloud computing et d'IA en Inde, et les projets associés sont considérés comme un pivot important dans la transition de l'Inde vers des services numériques à haute valeur ajoutée. Google accélère également ses « travaux de rattrapage » et coopère avec le groupe Adani pour construire un grand parc de centres de données à Visakhapatnam, une ville de la côte est de l'Inde, afin d'étendre son territoire d'infrastructure physique cloud en Inde.
Dans le cadre de la nouvelle série d'améliorations politiques, l'industrie s'attend à ce que l'Inde augmente encore son poids dans la concurrence mondiale en matière d'infrastructures d'IA et devienne un autre centre important de collecte de puissance de calcul après l'Amérique du Nord et certaines parties de l'Asie. Alors que les ressources en puissance de calcul et la configuration des centres de données continuent de s’orienter vers l’Inde, sa voix dans la chaîne industrielle mondiale du cloud computing et de l’intelligence artificielle devrait également augmenter simultanément.