Résumé :
Un fossile de dinosaure collecté dans un musée depuis près d'un siècle et qui n'a pas été reconnu depuis longtemps a récemment aidé les paléontologues à identifier un dinosaure carnivore jusqu'alors inconnu. Ce dinosaure vivait au début du Crétacé il y a environ 120 millions d’années. Sa taille était semblable à celle d'un grand tigre, avec de solides membres antérieurs et d'énormes griffes courbées. Les chercheurs pensent qu’il appartient à un groupe de dinosaures carnivores pour lequel il n’y a jamais eu de preuves fossiles définitives en Europe auparavant. Sa découverte fournit également des indices importants pour étudier la façon dont ce type de prédateur s'est propagé de l'Asie à l'Europe et à l'hémisphère sud.

Cette étude a été menée par des chercheurs de l'University College London (UCL) et les résultats ont été publiés dans la revue Royal Society Open Science. L'équipe de recherche a nommé le nouveau dinosaure Invictibellatrix amberina. Son nom de genre peut être grossièrement traduit par « guerrière invincible », ce qui reflète non seulement la compréhension que les chercheurs ont de ce groupe, mais implique également ténacité et force.
Le dinosaure récemment découvert appartient aux Megaraptora, un groupe de grands dinosaures théropodes carnivores. Ce groupe a une relation évolutive étroite avec les tyrannosaures tels que le Tyrannosaurus rex, mais leurs méthodes de chasse peuvent être très différentes. Les tyrannosaures ont généralement un crâne puissant et des capacités de morsure, tandis que les macroraptors sont connus pour leur tête relativement longue et étroite, leurs membres antérieurs bien développés et leurs énormes griffes incurvées, et peuvent s'appuyer davantage sur leurs membres antérieurs pour capturer et contrôler leurs proies.
En se basant sur la structure corporelle de parents proches connus, les chercheurs supposent qu'Invictibellatrix amberina mesure environ 3 à 4 mètres de long et un peu plus de 1,5 mètre de haut en position debout, ce qui équivaut à peu près à la taille d'un adulte. Il avait probablement des plumes et les griffes incurvées de ses membres antérieurs mesuraient environ 10 à 20 centimètres de long. Ses proies comprenaient peut-être de petits dinosaures, des lézards et des mammifères, agissant alors comme un prédateur de taille moyenne dans l'écosystème.
Les chercheurs comparent son statut écologique à celui de l'hyène d'aujourd'hui : même si elle n'était pas à l'époque le plus grand prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, elle avait néanmoins la capacité de chasser une variété d'animaux. Le Dr Cassius Morrison, auteur principal de l'article du Département des sciences de la Terre de l'University College de Londres, a déclaré que si les humains avaient vécu à l'époque de ce dinosaure, il aurait constitué une grande menace pour les humains, car les humains seraient tombés dans la zone de ce qu'il pourrait chasser. En revanche, l’énorme Tyrannosaurus rex ne considère pas nécessairement les animaux plus petits comme les humains comme des cibles dignes.
Bien sûr, les humains ne sont apparus que des millions d'années plus tard, donc la comparaison des chercheurs a simplement pour but d'aider les lecteurs modernes à comprendre la taille du dinosaure et ses méthodes de chasse potentielles, et ne signifie pas que les scientifiques peuvent déterminer directement comment il aurait traité les humains.
La chose la plus surprenante à propos de cette découverte est que le fossile lui-même n'a pas été découvert récemment. Il s’agit d’un fragment du dos d’un crâne de dinosaure qui est entré dans la collection du Natural History Museum de Londres en 1924. Pendant près de cent ans, le fossile est resté dans la collection sans être identifié comme une espèce de dinosaure jusqu’alors inconnue.
Le fossile a été collecté à l'origine par le paléontologue amateur Reginald Walter Tully au large de la côte sud-ouest de l'île de Wight, en Angleterre. Tully était un collectionneur de fossiles prolifique, découvrant plus de 1 000 spécimens de fossiles au cours de sa vie. Après sa mort, une partie de la collection a été transférée au Muséum d'histoire naturelle, devenant ainsi un matériau historique que les chercheurs peuvent aujourd'hui réexaminer.
Lorsque l'équipe de recherche a réexaminé le fossile, elle a découvert qu'il présentait certaines caractéristiques anatomiques différentes de celles des dinosaures carnivores connus. Étant donné que seule la partie arrière du crâne est préservée dans le fossile, les chercheurs ne peuvent pas déterminer intuitivement son identité en se basant uniquement sur son apparence. Par conséquent, ils ont utilisé la tomodensitométrie, également connue sous le nom de tomodensitométrie, pour procéder à un examen non destructif de la structure interne du fossile.
La tomodensitométrie utilise les rayons X pour obtenir des informations structurelles à l'intérieur des objets, permettant ainsi aux chercheurs de reconstruire la forme tridimensionnelle des fossiles sans détruire de précieux spécimens. De cette manière, l’équipe a non seulement obtenu un modèle numérique détaillé du fragment de crâne, mais a également reconstruit l’espace interne de la cavité crânienne qui abritait le cerveau du dinosaure au cours de sa vie.
Les chercheurs ont ensuite comparé ces structures à d'autres théropodes, notamment des tyrannosaures, des spinosaures et d'autres dinosaures carnivores bipèdes. L'analyse a révélé que le fossile présentait plusieurs caractéristiques remarquables, notamment une ouverture de forme ovale près de la connexion entre la moelle épinière et le cerveau, et une crête osseuse spéciale qui ressemblait à un sablier.

La combinaison de ces caractéristiques est très différente de celle des autres dinosaures découverts. Les chercheurs ont également utilisé des algorithmes informatiques pour comparer systématiquement les caractéristiques anatomiques de différents dinosaures et ont analysé à plusieurs reprises la position du fossile dans l'arbre évolutif des dinosaures. Plusieurs séries d’analyses ont confirmé son identification en tant que macroraptor, incitant finalement l’équipe à l’identifier comme une nouvelle espèce.
Les macroraptors constituent depuis longtemps un groupe relativement mystérieux dans la recherche paléontologique. Ses fossiles sont relativement rares et de nombreuses espèces ne laissent que des squelettes épars. Il a donc été difficile pour les scientifiques de restaurer complètement leurs origines, leurs routes migratoires et les relations évolutives entre les différentes branches.
Auparavant, une hypothèse majeure était que les macroraptors pourraient être originaires d'Asie, puis se propager en Europe et plus loin dans le Gondwana. Le Gondwana est un supercontinent méridional qui existait autrefois dans l’histoire géologique. Son champ d'application comprend certaines parties de l'Afrique, de l'Amérique du Sud, de l'Antarctique et d'autres régions actuelles.
Cependant, jusqu'à cette découverte, l'Europe manquait de preuves fossiles pouvant être clairement attribuées au groupe des Megaraptors. Il est donc difficile pour les chercheurs de confirmer si ce type de dinosaure a réellement traversé l’Europe et s’est ensuite propagé vers le continent sud.
La découverte d'Invictibellatrix amberina comble cette lacune importante. Cela prouve non seulement que les macroraptors vivaient déjà en Europe au début du Crétacé, mais fournit également de nouvelles bases pour étudier leurs routes de migration ultérieures.
Charlie Scherer, co-auteur de l'article et doctorant à l'University College de Londres, a déclaré que ce nouveau dinosaure est la première preuve définitive de l'existence des macroraptors en Europe, et soutient également l'hypothèse selon laquelle ils pourraient s'être propagés au Gondwana à travers l'Europe, plutôt que de suivre une route plus au sud et de migrer progressivement à travers les îles entre différentes masses continentales.
Afin d'étudier plus en profondeur l'histoire évolutive de ce groupe, l'équipe de recherche a également combiné les archives fossiles connues, la relation entre les dinosaures, la répartition géographique des continents anciens et les conditions climatiques préhistoriques, et a utilisé des modèles mathématiques pour reconstruire les changements de répartition des macroraptors au cours de différentes périodes.
Les résultats du modèle montrent qu'au début du Crétacé, les macroraptors pouvaient être largement répartis sur plusieurs continents. Au fil du temps, la répartition de ce groupe a considérablement changé.
À la fin du Crétacé, les macroraptors pourraient avoir disparu d'une grande partie de la Laurasie. La Laurasie était un continent géologiquement septentrional qui comprenait la majeure partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique du Nord actuelles. Dans le même temps, certains macroraptors du Gondwana, dans le sud, ont progressivement évolué vers des tailles plus grandes et sont devenus l'un des prédateurs les plus menaçants de l'écosystème local.
Certains macroraptors à un stade avancé avaient d'énormes griffes incurvées pouvant atteindre 35 centimètres de long, et leurs capacités de chasse dépassaient de loin celles des premières espèces découvertes cette fois-ci. Un exemple célèbre est le macrothorax Maip, qui vit dans l’actuelle Argentine. Les chercheurs estiment que ce dinosaure mesurait environ 9 à 10 mètres de long et pouvait peser autant qu'un éléphant.
Cela signifie que les macroraptors n'ont pas toujours été de simples prédateurs de taille moyenne. Ils ont évolué vers différentes formes corporelles et types écologiques, et certains d’entre eux sont finalement devenus de grands prédateurs au sommet.
Quant à la raison pour laquelle ils ont disparu du continent nord, il n’y a toujours pas de réponse claire. Les chercheurs suggèrent que le changement climatique, l’évolution des conditions environnementales et la compétition avec d’autres grands dinosaures carnivores pourraient avoir affecté sa répartition et sa survie. Cependant, ces facteurs sont actuellement considérés comme des explications possibles, et les recherches n'ont identifié aucune cause unique à la disparition de sa population nordique.
Le professeur Paul Barrett, auteur principal de l'étude au Musée d'histoire naturelle de Londres, a déclaré que l'île de Wight a connu plus de 200 ans de collecte et de recherche de fossiles, mais qu'elle continue toujours à apporter de nouvelles découvertes de dinosaures. En particulier, les fossiles de dinosaures carnivores sont relativement rares, cette découverte a donc une valeur scientifique particulière.
Il a noté qu'il pourrait encore y avoir un grand nombre de spécimens sous-reconnus cachés dans les collections des musées d'histoire. Dans le passé, les chercheurs n'étaient peut-être pas en mesure de déterminer avec précision l'identité de certains fossiles en raison du manque d'équipement de numérisation avancé, de matériaux comparatifs ou de connaissances évolutives pertinentes à l'époque. À mesure que la science et la technologie progressent, la réétude d’anciens spécimens peut également donner lieu à de nouvelles découvertes importantes.
Ce cas illustre une fois de plus que les avancées en paléontologie ne proviennent pas toujours de fossiles récemment découverts. Les spécimens historiques collectés par les musées peuvent également contenir une grande quantité d’informations qui n’ont pas encore été révélées, et des technologies telles que la tomodensitométrie, la reconstruction tridimensionnelle et l’analyse assistée par ordinateur aident les chercheurs à découvrir de nouvelles espèces et des indices évolutifs à partir de ces anciens matériaux.
L'importance de cette étude n'est pas seulement d'ajouter un nouveau dinosaure, mais également de résoudre une énigme clé dans l'histoire de l'évolution et de la migration des macroraptors. Cela suggère que ces prédateurs sont entrés en Europe au début du Crétacé et se sont peut-être propagés plus loin à travers cette région jusqu'au continent sud.
D'un fragment de crâne négligé pendant près d'un siècle à une nouvelle espèce qui pourrait aider à reconstruire les routes de migration continentales préhistoriques, cette découverte démontre la valeur scientifique à long terme des collections de fossiles historiques. À l’avenir, à mesure que de plus en plus de spécimens anciens seront réanalysés à l’aide de techniques modernes, les chercheurs pourraient également trouver davantage d’animaux préhistoriques jamais connus auparavant dans les tiroirs et les armoires de stockage des musées.
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